La chèvre poitevine est une race rustique du Poitou qui mérite vraiment qu’on s’y intéresse ! Cette beauté brune et noire a failli disparaître dans les années 80, mais des éleveurs passionnés l’ont sauvée de justesse. Quand j’ai commencé à réfléchir sérieusement à mon installation, j’avais hésité entre plusieurs races avant de me décider pour mes Saanen et mes Alpines.
J’avais même rendu visite à Gérard, un éleveur du Poitou que Claire avait rencontré lors d’un salon agricole, pour découvrir ses poitevines. Cette race locale m’avait vraiment impressionné par sa résistance et son caractère trempé, même si finalement j’ai opté pour d’autres races mieux adaptées à l’Auvergne. Aujourd’hui, je garde un œil sur l’évolution de cette race patrimoniale qui représente un véritable trésor de notre élevage caprin français !

L’histoire fascinante d’une race qui a failli disparaître
Cette race typique du Poitou porte en elle des siècles d’histoire rurale ! Quand Gérard m’a raconté le parcours chaotique de ses chèvres, j’ai vraiment compris à quel point notre patrimoine agricole reste fragile.
La chèvre poitevine dominait largement le paysage caprin du Centre-Ouest jusqu’au début du XXe siècle. Ces animaux robustes peuplaient les fermes du Poitou, des Deux-Sèvres à la Vendée, fournissant lait et viande aux familles rurales. Leur adaptation parfaite au bocage et aux terres humides de la région en faisait des compagnes idéales pour les petites exploitations.
Le déclin brutal commence dans les années 1960 avec l’industrialisation de l’agriculture. Les éleveurs se tournent massivement vers les races alpines et saanen, plus productives en lait mais moins rustiques. Cette course au rendement condamne progressivement les races locales jugées trop peu performantes. Gérard m’expliquait que dans les années 80, il ne restait plus qu’une cinquantaine de poitevines recensées dans toute la France !
La prise de conscience arrive heureusement au milieu des années 80. Quelques éleveurs passionnés, soutenus par l’Institut de l’Élevage et les collectivités locales, lancent un programme de sauvegarde. Ce travail acharné permet de reconstituer progressivement les effectifs en identifiant les derniers animaux de race pure dispersés dans les fermes.
Aujourd’hui, la race compte environ 1500 femelles reproductrices réparties chez une centaine d’éleveurs. Ces chiffres restent modestes comparés aux races dominantes, mais ils témoignent d’une vraie renaissance. Gérard fait partie de ces éleveurs qui maintiennent vivant ce patrimoine génétique unique, et franchement, son engagement force le respect.
La reconnaissance officielle de la race en 1993 marque un tournant décisif. Cette validation par le ministère de l’Agriculture permet de structurer la filière avec un standard de race précis et des contrôles généalogiques rigoureux. Les poitevines bénéficient désormais d’un statut de race à effectif réduit qui leur assure des aides spécifiques pour leur préservation. Pour les curieux, j’ai également ecris un article sur la race de chèvre anglo nubiennes.
Cette histoire m’a vraiment marqué lors de ma visite chez Gérard, parce qu’elle montre à quel point nos choix d’éleveurs impactent la biodiversité agricole !

Comment reconnaître une vraie poitevine ?
Les caractéristiques physiques de cette race la rendent vraiment unique et impossible à confondre avec d’autres chèvres ! La première fois que j’ai vu le troupeau de Gérard, j’ai tout de suite compris pourquoi ces animaux séduisent autant les puristes.
La robe constitue le premier critère distinctif de la race. Ces chèvres arborent une couleur brun chocolat profond qui vire parfois au noir sur certains individus. Cette teinte uniforme couvre l’ensemble du corps sans marques blanches ni taches, contrairement aux alpines qui présentent souvent des motifs variés. Gérard m’avait montré quelques exceptions avec des marques claires qui les disqualifiaient pour la reproduction.
La taille impressionne vraiment quand on découvre ces animaux pour la première fois. Les femelles atteignent facilement 70 cm au garrot pour un poids qui oscille entre 50 et 70 kg selon les individus. Les mâles dépassent largement ces mensurations avec leurs 80 cm au garrot et leurs 80 à 100 kg de poids vif. Cette stature les place parmi les races caprines les plus imposantes de France !
Les cornes constituent un autre élément caractéristique très marqué chez les poitevines. Contrairement à mes Saanen que j’écorne systématiquement, les poitevines conservent leurs cornes qui poussent en lyre harmonieuse. Ces appendices imposants contribuent à leur allure noble et sauvage qui fait tout leur charme selon les amateurs de la race.
La tête longue et fine présente un profil légèrement busqué qui rappelle vaguement les chèvres pyrénéennes. Les oreilles tombantes de taille moyenne encadrent un regard vif et intelligent. Cette expression particulière donne aux poitevines un air à la fois doux et déterminé que Gérard décrit comme le tempérament même de la race inscrit dans leurs traits.
Le corps allongé et bien proportionné témoigne d’une constitution solide adaptée aux terrains difficiles. La poitrine large et profonde assure une bonne capacité respiratoire, tandis que le dos droit et les membres robustes permettent de parcourir de longues distances. Cette morphologie équilibrée explique leur réputation de marcheuses infatigables dans les bocages poitevins.
Passons maintenant à un aspect qui préoccupe tous les éleveurs : le caractère de ces chèvres au tempérament bien affirmé.

Le tempérament particulier des poitevines
Le comportement de ces chèvres m’a vraiment surpris lors de ma visite chez Gérard ! Après des années avec mes Saanen plutôt dociles et mes Alpines curieuses, découvrir le caractère trempé des poitevines m’a ouvert les yeux sur la diversité des tempéraments caprins.
L’indépendance constitue le trait dominant de cette race rustique. Ces chèvres n’attendent pas qu’on vienne les chercher et explorent leur environnement avec une détermination qui peut dérouter les éleveurs habitués aux races plus dépendantes. Gérard me racontait qu’il avait mis plusieurs mois à comprendre qu’il devait adapter sa gestion à leur tempérament plutôt que l’inverse.
La méfiance naturelle envers les inconnus demande de la patience pour établir une relation de confiance. Contrairement à mes chèvres qui viennent spontanément voir les visiteurs, les poitevines gardent leurs distances et observent longuement avant d’accepter un contact. Cette prudence ancestrale leur a probablement permis de survivre dans des environnements difficiles pendant des siècles.
L’instinct maternel se développe de façon exceptionnelle chez les mères poitevines. Ces chèvres défendent leurs chevreaux avec une vigueur que je n’ai jamais observée chez mes propres animaux. Gérard m’avait mis en garde : pendant les premières semaines après la mise bas, mieux vaut éviter de trop manipuler les petits sous peine de se faire charger par des mères très protectrices !
La hiérarchie dans le troupeau s’établit de manière particulièrement marquée. Les dominantes imposent leur autorité sans ambiguïté et les bagarres pour établir les rangs peuvent être impressionnantes. Cette structure sociale forte demande de bien observer les interactions pour éviter les blessures lors de l’introduction de nouveaux animaux.
L’intelligence et la mémoire de ces chèvres m’ont vraiment frappé. Gérard me montrait comment ses animaux repéraient immédiatement toute modification dans leur environnement et mémorisaient parfaitement les routines quotidiennes. Cette capacité d’apprentissage facilite le dressage mais complique aussi les choses quand elles ont compris comment ouvrir un loquet ou franchir une barrière !
Maintenant que vous connaissez leur caractère, voyons ce qu’elles peuvent vraiment produire en termes de lait et de viande.

Production laitière : des chiffres honnêtes mais pas spectaculaires
La production laitière des poitevines ne rivalise clairement pas avec mes Saanen championnes du litre ! Cette réalité économique explique en partie pourquoi la race a failli disparaître, mais elle ne raconte pas toute l’histoire.
Les chiffres moyens tournent autour de 400 à 600 litres par lactation de 240 jours. Cette production modeste se situe bien en deçà des performances des races spécialisées qui dépassent facilement les 800 litres. Gérard m’expliquait que ses meilleures laitières atteignent péniblement 700 litres dans des conditions optimales, là où une bonne Saanen comme ma Duchesse produit facilement 900 litres.
La qualité du lait compense partiellement ces volumes limités. Le taux butyreux élevé, souvent supérieur à 4%, donne un lait particulièrement riche qui se prête bien à la fabrication de fromages de caractère. Cette richesse naturelle permet d’obtenir de meilleurs rendements fromagers que les laits plus dilués des races hyperproductives.
Le goût typé du lait de poitevine séduit particulièrement les amateurs de fromages fermiers authentiques. Cette typicité aromatique liée à la race et à l’alimentation en bocage produit des fromages qui se démarquent vraiment des productions standardisées. Gérard commercialise ses fromages en circuit court auprès d’une clientèle qui recherche justement cette authenticité.
La régularité de production tout au long de la lactation constitue un atout appréciable. Contrairement à certaines races qui présentent des pics et des chutes brutales, les poitevines maintiennent un niveau stable qui facilite la gestion de la fromagerie. Cette constance permet de planifier sereinement les fabrications sans gérer des surplus embarrassants ou des pénuries inattendues.
La production de viande représente aussi un débouché intéressant pour cette race de bon gabarit. Les chevreaux engraissés atteignent facilement 15 à 18 kg de carcasse à quatre mois, offrant une viande de qualité très recherchée pour les fêtes pascales. Gérard valorise ainsi tous ses mâles en viande plutôt que de les réformer précocement comme je dois le faire avec mes races laitières.
Ces données de production nous amènent naturellement à nous interroger sur les conditions d’élevage adaptées à cette race rustique.

Les conditions d’élevage qui leur conviennent vraiment
L’installation pour des poitevines diffère sensiblement de ce que j’ai mis en place pour mon troupeau ! Gérard m’avait fait visiter l’ensemble de ses installations et j’avais noté plusieurs particularités liées au tempérament de la race.
Le bâtiment d’élevage peut rester relativement simple grâce à la rusticité naturelle de ces chèvres. Une bergerie ouverte sur les côtés suffit largement dans les régions tempérées, contrairement aux races plus fragiles qui demandent des installations fermées et isolées. Gérard avait simplement aménagé une grange avec un toit étanche et des ouvertures généreuses qui assurent une ventilation permanente.
La surface nécessaire par animal dépasse légèrement celle des races plus petites. Ces grandes chèvres demandent au minimum 2,5 m² par tête en stabulation pour éviter les tensions et les bagarres. Cette exigence spatiale augmente l’investissement initial mais reste raisonnable comparé à d’autres productions animales.
Les clôtures méritent une attention toute particulière avec cette race aventurière ! L’expérience de Gérard confirme ce que j’avais déjà constaté : une clôture pour chèvres doit être vraiment solide. Pour les poitevines, il faut même prévoir encore plus haut et plus résistant que pour des races classiques. Gérard utilise du grillage de 1,60 m minimum avec des poteaux renforcés tous les 2 mètres.
L’accès au pâturage constitue un élément essentiel pour le bien-être de ces chèvres nées pour parcourir le bocage. Un hectare permet de nourrir confortablement quatre à cinq poitevines adultes en gestion extensive. Cette surface généreuse leur offre la possibilité d’exprimer leur comportement naturel d’exploration et de sélection alimentaire.
Les parcelles idéales combinent des zones ouvertes et des haies bocagères qui fournissent ombre et complément alimentaire. Ces chèvres adorent brouter les jeunes pousses d’arbustes et se régalent des ronces que les autres animaux dédaignent. Cette capacité à valoriser des végétaux grossiers en fait d’excellentes débroussailleuses naturelles pour l’entretien des friches.
L’enrichissement du milieu améliore considérablement leur bien-être quotidien. Gérard avait installé des billots de bois, des planches surélevées et même de vieux tracteurs sur lesquels ses chèvres adorent grimper. Ces aménagements simples occupent ces animaux intelligents et réduisent les comportements agressifs liés à l’ennui.
Après avoir vu leur habitat, intéressons-nous maintenant à ce qu’il faut mettre dans leur mangeoire pour les garder en bonne santé.

L’alimentation adaptée à leur rusticité
Le régime alimentaire des poitevines se distingue vraiment de ce que je distribue à mes laitières ! Cette race rustique se contente de ressources plus modestes, ce qui réduit considérablement les coûts de production.
Le pâturage constitue la base naturelle de leur alimentation pendant la belle saison. Ces chèvres valorisent parfaitement les prairies permanentes, les parcours boisés et même les friches que d’autres animaux refuseraient. Gérard me montrait comment ses poitevines débroussaillaient efficacement des zones envahies de ronces que plus personne ne gérait depuis des années.
La diversité végétale recherchée par ces animaux dépasse largement ce que consomment mes Saanen habituées au pâturage cultivé. Les poitevines sélectionnent naturellement un mélange équilibré d’herbes, de feuilles d’arbustes, d’écorces et même de plantes que d’autres espèces considèrent comme toxiques. Cette capacité à trier leur nourriture témoigne d’un instinct alimentaire resté intact.
Le foin de qualité moyenne suffit amplement pour la période hivernale. Gérard utilise du foin de prairie naturelle récolté tardivement qui coûte bien moins cher que le foin de luzerne que j’achète pour mes championnes laitières. Cette sobriété alimentaire représente un avantage économique considérable pour des élevages à faible marge.
La complémentation en concentrés reste minimale comparée aux races spécialisées. Pendant la lactation, Gérard distribue seulement 300 à 400 grammes de céréales par jour et par chèvre, là où mes Saanen en reçoivent facilement le double. Cette économie de grains améliore la rentabilité globale de l’atelier malgré des productions laitières plus faibles.
Les besoins spécifiques varient selon les périodes physiologiques de ces robustes animaux :
- Gestation : augmentation progressive jusqu’à 500g de concentrés dans le dernier mois
- Lactation : 300 à 500g selon la production, avec du bon foin à volonté
- Tarissement : retour au foin seul pendant 6 à 8 semaines minimum
- Croissance des chevrettes : 200g de concentrés jusqu’à la saillie
- Engraissement des chevreaux : 400 à 600g pour une finition rapide
L’accès permanent à l’eau claire reste évidemment indispensable. Ces grandes chèvres consomment entre 4 et 6 litres d’eau par jour selon la saison, et cette consommation double pendant la lactation. Gérard avait installé des abreuvoirs automatiques qui garantissent une eau propre en permanence sans contrainte de remplissage manuel.
Une fois que vous maîtrisez leur alimentation, vient le moment crucial de penser à renouveler votre troupeau par la reproduction.

La reproduction et la génétique à préserver
La gestion de la reproduction chez les poitevines demande une attention particulière pour préserver la pureté de la race ! Gérard m’avait longuement expliqué les contraintes spécifiques liées au statut de race à effectif réduit.
La maturité sexuelle arrive relativement tôt chez ces chèvres vigoureuses. Les chevrettes peuvent être mises à la reproduction dès 18 mois si elles ont atteint 70% de leur poids adulte. Cette précocité permet de renouveler rapidement le troupeau, aspect essentiel pour une race aux effectifs limités qui doit maximiser son potentiel reproducteur.
La saillie naturelle reste privilégiée par la plupart des éleveurs de poitevines. Gérard gardait trois boucs de lignées différentes pour assurer une diversité génétique suffisante dans son troupeau. Cette pratique évite la consanguinité qui menace rapidement les races à petit effectif et maintient la vigueur hybride des animaux.
L’insémination artificielle se développe progressivement grâce à une banque de semence gérée par l’association de race. Cette technique permet d’accéder à des boucs exceptionnels sans devoir les héberger sur place, facilitant le brassage génétique entre élevages éloignés. Les doses de semence congelée garantissent aussi la conservation du patrimoine génétique des meilleurs reproducteurs pour les générations futures.
La mise bas se déroule généralement sans difficulté grâce à la robustesse de ces chèvres. Gérard m’expliquait qu’il n’intervenait quasiment jamais lors des agnelages, ses poitevines se débrouillant parfaitement seules. Cette facilité de vêlage contraste avec certaines races spécialisées qui demandent une surveillance rapprochée et des interventions fréquentes.
La prolificité reste modeste avec une moyenne de 1,5 chevreaux par mise bas. Cette fécondité limitée ne pose pas vraiment problème pour le renouvellement du troupeau mais ralentit l’expansion des effectifs de la race. Les jumeaux naissent régulièrement, les triplés beaucoup plus rarement que chez mes Alpines qui font souvent des portées de trois.
Le suivi généalogique strict s’impose pour tous les éleveurs qui veulent inscrire leurs animaux au livre de race. Cette traçabilité rigoureuse garantit la pureté des lignées et permet de calculer les indices de consanguinité pour orienter les accouplements. Gérard passait des heures à éplucher les pedigrees avant de choisir quel bouc utiliser sur quelle chèvre !
Maintenant que vous savez comment les reproduire, voyons comment les garder en bonne santé tout au long de leur vie.
Santé et résistance : leurs vrais atouts
La robustesse sanitaire des poitevines m’a vraiment impressionné lors de ma visite ! Ces chèvres rustiques présentent une résistance naturelle qui facilite grandement leur gestion quotidienne.
La résistance aux parasites internes dépasse celle de la plupart des races spécialisées. Gérard vermifugeait son troupeau deux fois moins souvent que je ne le fais avec mes Saanen, tout en maintenant une charge parasitaire acceptable. Cette tolérance naturelle vient probablement d’une sélection ancestrale dans des environnements humides favorables aux parasites.
Les problèmes de mamelles restent rares chez ces chèvres peu poussées en production laitière. Gérard constatait très peu de mammites dans son troupeau, contrairement à ce que je vis régulièrement avec mes championnes qui produisent énormément. Cette moindre sollicitation de la mamelle préserve naturellement la santé de cet organe fragile.
L’adaptation aux conditions climatiques difficiles fait partie de l’ADN de la race. Ces chèvres supportent sans broncher les hivers humides du Poitou qui mettraient à mal des animaux moins rustiques. Leur toison épaisse et leur métabolisme robuste les protègent efficacement du froid et de la pluie.
Les troubles métaboliques comme la toxémie de gestation touchent rarement les poitevines. Leur production modeste et leur constitution solide les mettent à l’abri de ces pathologies qui frappent souvent les races hyperproductives en fin de gestation. Cette résistance naturelle économise des frais vétérinaires et du stress pour l’éleveur.
Le protocole sanitaire de base reste néanmoins indispensable pour maintenir ce troupeau en bonne santé. Gérard appliquait scrupuleusement le calendrier suivant :
- Vaccination contre les entérotoxémies deux fois par an
- Parage des onglons tous les trois à quatre mois
- Vermifugation ciblée selon les analyses coprologiques
- Contrôle dentaire annuel sur les animaux de plus de cinq ans
- Surveillance quotidienne de l’état général et du comportement
La longévité exceptionnelle de ces chèvres permet de les garder en production pendant dix ans ou plus. Gérard avait des femelles de douze ans encore parfaitement productives, ce qui améliore considérablement l’amortissement de l’investissement initial. Cette durée de carrière prolongée compense partiellement leurs productions annuelles plus modestes.
Si cette race vous séduit après toutes ces informations, vous vous demandez sûrement où en trouver et à quel prix.
Où trouver des chèvres poitevines et à quel prix ?
L’acquisition de poitevines demande plus de recherches que pour des races communes ! Les effectifs limités et la répartition géographique concentrée compliquent la tâche des éleveurs intéressés.
L’association de race constitue le point de départ incontournable pour tout projet d’acquisition. Cette structure regroupe tous les éleveurs référencés et peut vous orienter vers ceux qui ont des animaux à vendre. Gérard m’avait expliqué que passer par l’association garantit la conformité au standard et la traçabilité généalogique indispensable.
La région d’origine reste logiquement le principal bassin d’élevage. Les départements des Deux-Sèvres, de la Vendée, de la Vienne et de la Charente-Maritime concentrent la majorité des troupeaux. Cette localisation facilite les visites d’élevages et réduit les coûts de transport pour ramener vos animaux.
Les prix varient sensiblement selon l’âge et le potentiel génétique des animaux. Une chevrette de six mois inscrite au livre de race coûte entre 250 et 400 euros selon sa généalogie. Les femelles adultes en production atteignent facilement 500 à 700 euros, montants qui peuvent paraître élevés mais qui reflètent la rareté de la race.
Les boucs reproducteurs représentent un investissement conséquent qui se justifie seulement pour les élevages d’une certaine taille. Comptez entre 800 et 1500 euros pour un mâle de qualité avec un pedigree intéressant. Cette dépense s’amortit difficilement sur un petit troupeau, d’où l’intérêt de l’insémination artificielle ou du prêt de boucs entre éleveurs.
Les aides à la conservation facilitent l’installation avec cette race patrimoniale. Plusieurs dispositifs publics soutiennent financièrement les éleveurs qui s’engagent dans la préservation de races à petit effectif. Ces subventions peuvent représenter plusieurs centaines d’euros par an et par animal, améliorant la viabilité économique de l’atelier.
Le transport des animaux achetés loin de chez vous nécessite une organisation soignée. Gérard m’avait raconté ses galères pour faire venir une chevrette d’un élevage breton : location de remorque, paperasse sanitaire, stress des animaux pendant le voyage. Cette logistique ajoute facilement 200 à 300 euros au coût d’acquisition.
Ces considérations pratiques nous amènent naturellement à évaluer la rentabilité réelle d’un élevage de poitevines.
La rentabilité d’un élevage de poitevines
L’équilibre économique d’un élevage de poitevines repose sur des bases différentes des systèmes intensifs ! Gérard m’avait détaillé son compte d’exploitation et franchement, ça m’avait fait réfléchir sur nos modèles de production.
Les charges alimentaires restent modérées grâce à la rusticité de la race. Gérard dépensait environ 80 euros par chèvre et par an en alimentation, soit moitié moins que ce que je dépense pour mes Saanen. Cette économie substantielle compense en partie les productions laitières plus faibles et améliore la marge par litre produit.
La valorisation du lait en circuit court devient indispensable pour rentabiliser l’atelier. Les fromages fermiers de poitevine se vendent facilement entre 18 et 25 euros le kilo selon les produits et les circuits. Cette valorisation élevée permet d’atteindre une rentabilité acceptable malgré les volumes limités.
Les aides spécifiques aux races menacées apportent un complément de revenu non négligeable. Gérard touchait environ 150 euros par chèvre reproductrice et par an dans le cadre des mesures agro-environnementales. Cette aide représentait près de 20% de son chiffre d’affaires total et sécurisait financièrement son exploitation.
Le marché de la viande offre des débouchés intéressants pour les chevreaux mâles. Gérard vendait ses cabris à 12 euros le kilo vif à des clients réguliers qui recherchaient spécifiquement cette race pour les fêtes. Cette valorisation supérieure aux cours standards ajoutait plusieurs milliers d’euros annuels au résultat de l’exploitation.
L’entretien des parcelles par les chèvres génère parfois des revenus complémentaires. Certaines collectivités et particuliers paient pour faire débroussailler leurs terrains par des troupeaux de poitevines. Cette activité d’éco-pâturage représentait pour Gérard une source de revenu annexe bienvenue qui diversifiait ses activités.
Le calcul global montre qu’un troupeau de 30 poitevines bien géré peut dégager un revenu annuel de 15 000 à 20 000 euros. Ce montant modeste s’obtient avec moins de travail et d’investissement qu’un troupeau intensif de même taille. La qualité de vie et la passion pour la race compensent largement le manque à gagner pour des éleveurs comme Gérard !
Pour finir, laissez-moi partager quelques réflexions personnelles sur cette race attachante qui mérite vraiment d’être connue.
Mon regard d’éleveur sur cette race unique
Ma visite chez Gérard et la découverte de ses poitevines m’ont vraiment marqué ! Sept ans après, je repense encore régulièrement à ces chèvres qui incarnent un autre modèle d’élevage.
Le choix d’élever des poitevines relève autant de la passion que du calcul économique. Gérard assumait complètement ce parti pris et revendiquait son rôle de gardien d’un patrimoine vivant. Cette dimension culturelle et historique apporte un sens au travail quotidien qui dépasse la simple recherche de rentabilité.
L’adaptation au terroir constitue un atout majeur qui justifie leur préservation. Ces chèvres façonnées par des siècles de sélection naturelle dans le bocage poitevin possèdent des qualités uniques impossibles à retrouver chez les races standardisées. Cette spécificité locale mérite d’être protégée face à l’uniformisation des systèmes d’élevage.
La question du tempérament m’avait fait hésiter à l’époque de mon installation. Ces chèvres indépendantes et méfiantes demandent plus de patience et d’adaptation que mes Saanen dociles. Cette exigence relationnelle peut rebuter les débutants mais elle séduit les éleveurs expérimentés qui apprécient le caractère de leurs animaux.
L’avenir de la race dépend entièrement de l’engagement des éleveurs passionnés. Les effectifs progressent lentement mais régulièrement grâce au travail acharné de quelques dizaines de personnes qui refusent de laisser disparaître ce patrimoine. Cette mobilisation citoyenne montre que d’autres modèles agricoles restent possibles.
La diversité génétique de notre cheptel caprin français s’enrichit de l’existence de races comme la poitevine. Cette variété constitue une assurance pour l’avenir face aux défis du changement climatique et de l’évolution des attentes sociétales. Les races rustiques et peu exigeantes pourraient bien redevenir pertinentes dans un contexte de raréfaction des ressources.
Si j’avais à refaire mes choix aujourd’hui, je prendrais probablement quelques poitevines en complément de mon troupeau principal. Ces chèvres apporteraient une diversité intéressante et me permettraient de participer à la sauvegarde de la race. Qui sait, peut-être qu’un jour je franchirai le pas !
La chèvre poitevine représente bien plus qu’une simple race d’élevage. Elle incarne un pan de notre histoire rurale et témoigne de la relation ancestrale entre l’homme et l’animal domestique. Préserver ces races patrimoniales, c’est maintenir vivante une part de notre identité agricole et culturelle. Les poitevines méritent amplement qu’on s’intéresse à elles, que ce soit pour les élever ou simplement pour comprendre leur histoire fascinante !

Salut ! Moi c’est Émilien, 38 ans, et si on m’avait dit il y a 10 ans que je me leverais à 6h pour aller traire des chèvres, j’aurais bien rigolé !
Ancien informaticien à Lyon pendant 12 ans, j’ai tout quitté en 2018 avec ma femme Claire et nos deux enfants pour reprendre une ferme de 8 hectares en Auvergne. Pas par romantisme, enfin pas que, mais parce qu’on en avait marre du métro-boulot-dodo.
J’ai eu de la chance d’avoir grandi chez mes grands-parents agriculteurs dans le Cantal. Ça m’a donné les bases, même si j’avais tout oublié ! Aujourd’hui, je fais du maraîchage bio sur 2 hectares, j’élève 15 chèvres dont je transforme le lait, je m’occupe de 8 ruches et je rénove les bâtiments quand j’ai le temps.
Claire gère la partie transformation et la vente directe, moi je suis plutôt terrain. Les enfants adorent la vie ici, même s’ils râlent parfois quand il faut donner un coup de main !
Sur ce blog, je raconte ce que je vis au quotidien : mes techniques qui marchent, mes plantages mémorables (et il y en a !), les trucs que m’ont appris les anciens du coin. Pas de grands discours, juste du concret testé sur le terrain.
Parce qu’au final, on apprend tous ensemble, non ?




