Le calendrier des légumes de saison

Le calendrier des légumes de saison

L’hiver dernier, Claire m’a surpris en train de planter des tomates début février sous châssis. Elle a levé les yeux au ciel : « Émilien, tu vas encore perdre tous tes plants au premier gel, on n’est pas en juillet ». Elle avait raison, comme souvent. J’ai appris à mes dépens qu’un calendrier des légumes de saison respecte les cycles naturels de croissance en fonction des températures, de la luminosité, et des besoins spécifiques de chaque espèce. Cultiver et consommer selon les saisons permet d’obtenir des légumes plus savoureux, moins chers (30 à 50 % d’économie en pleine saison), et cultivés sans forçage énergétique. Un radis croquant de mai n’a rien à voir avec un radis hivernal importé, tout comme une tomate gorgée de soleil d’août écrase une tomate hors-sol de janvier.

Après cinq années à jardiner en Auvergne avec ses gelées tardives et ses étés parfois capricieux, j’ai compris que la nature impose son rythme. Autant composer avec elle plutôt que de s’épuiser à lutter contre.

Le calendrier des légumes de saison

Pourquoi respecter la saisonnalité des légumes ?

Quand j’ai commencé mon potager, je voulais tout avoir toute l’année. Des tomates en mars, des courgettes en novembre, des fraises à Noël. Pierre m’a regardé avec un sourire en coin : « Tu verras bien, Émilien ». Bon, j’ai vu. Et j’ai compris pourquoi nos grands-parents ne forçaient pas la nature.

Le calendrier des légumes de saison

Le goût change tout

La première fois que j’ai mangé une de mes tomates mûries sur pied en août, Claire a cru que j’exagérais mon enthousiasme. Puis elle a goûté. Silence. Elle a regardé la tomate, puis moi, puis la tomate. « C’est vraiment toi qui as fait pousser ça ? ». Cette explosion de saveurs, ce jus qui coule, ce parfum qui monte au nez, vous ne trouverez jamais ça dans une tomate de février. Jamais. Même en payant 5 euros le kilo en bio du bout du monde.

Pierre cultive des carottes depuis dix ans et m’a fait découvrir un truc étonnant : ses carottes récoltées après les premières gelées d’octobre sont sucrées comme des bonbons. Le froid transforme l’amidon en sucres, créant cette douceur inégalée. Ses carottes d’été sont bonnes, mais celles d’automne sont extraordinaires. La nature fait mieux que n’importe quel laboratoire pour concentrer les saveurs.

Même chose pour les choux de Bruxelles que personne n’aime chez nous avant novembre. Après le premier coup de gel sérieux, les gamins qui les rejetaient en septembre les réclament soudainement. Moins amers, plus doux, presque sucrés. C’est pour ça que nos ancêtres attendaient l’hiver pour les récolter, pas parce qu’ils n’avaient pas le choix.

L’écologie, c’est aussi du bon sens économique

Je ne suis pas un militant écolo particulièrement engagé, mais quand j’ai calculé ce que coûte une tomate en janvier, j’ai compris que quelque chose clochait. Pour qu’elle pousse sous nos latitudes à cette saison, il faut chauffer la serre, éclairer artificiellement, pomper de l’eau, traiter préventivement. Résultat : elle émet 5 à 8 kg de CO2 contre 0,3 kg pour ma tomate d’août qui n’a eu besoin que du soleil et de la pluie.

Claire a calculé que notre autonomie en légumes de mai à novembre nous évite environ 400 kg de CO2 par an. C’est l’équivalent de 2 000 km en voiture. Juste en mangeant nos tomates, courgettes et carottes au bon moment. Sans parler des haricots verts du Kenya ou des asperges du Pérou qui voyagent en avion pendant notre hiver. Le bilan carbone devient complètement fou.

Notre potager de 80 m², c’est zéro transport, zéro chauffage, zéro intrant chimique, zéro emballage. Les 20 mètres entre mes rangs de tomates et la cuisine de Claire, c’est tout. Et franchement, même si je n’avais pas conscience de l’impact écologique, le simple fait de ne plus payer l’essence pour aller au supermarché me suffirait comme argument.

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Le prix suit la logique implacable de l’offre et la demande

Mes voisins me regardent bizarrement quand je ramène 20 kg de tomates en août chez le maraîcher à côté. « Mais Émilien, t’en as déjà plein ton jardin ! ». Oui, mais à 0,80 euro le kilo, j’en prends pour faire mes conserves d’hiver. Ces mêmes tomates coûtent 2,50 euros en supermarché en pleine saison, et montent à 4 ou 5 euros en février. Simple question de quantité disponible.

Les courgettes, c’est encore plus spectaculaire. En juillet, Pierre m’en donne des cageots entiers parce qu’il ne sait plus quoi en faire. Un euro le kilo au marché quand on en trouve encore preneur. En décembre, les mêmes courgettes venues d’Espagne ou du Maroc se vendent 3 à 5 euros. Multiplication par quatre du prix, et division par quatre de la qualité gustative. Belle affaire.

Claire tient les comptes de ce qu’on économise en cultivant et en achetant de saison. Entre 800 et 1 200 euros par an de légumes produits sur nos 80 m², avec environ 200 euros d’intrants (semences, plants, compost, paillage). Sans compter ce qu’on achète en gros chez les maraîchers pour les conserves. Le retour sur investissement dépasse largement ce que me rapporterait le même temps passé à faire des heures sup.

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Le printemps au potager : la renaissance progressive

Mars arrive et je trépigne déjà d’impatience. Après quatre mois à regarder mon potager dormir sous la neige et le gel, l’envie de semer, planter, gratter la terre devient irrépressible. Mais Claire veille au grain : « Émilien, souviens-toi de tes tomates de février ». Bon, d’accord, j’attends encore un peu.

Mars, ou l’art de la patience

Les premiers vrais légumes frais du printemps, ce sont les épinards que j’avais semés en septembre dernier. Ils ont survécu à tout l’hiver sous un simple voile, et dès que les températures remontent au-dessus de 5°C, ils reprennent leur croissance. Claire adore ces épinards d’hiver qu’elle trouve bien plus goûteux que ceux du printemps. Elle les cuisine en salade avec des œufs mollets, un filet d’huile de noix, et les gamins se resservent. Miracle.

La mâche continue aussi sa petite production. J’en avais semé en août dans un coin du potager, et elle m’a fourni des salades tout l’hiver. Même avec moins 12°C en janvier, elle a tenu. Certes, elle ne pousse presque pas entre décembre et février, mais dès mars elle reprend doucement. Nos salades du supermarché à 2 euros le sachet rachitique, on les a complètement oubliées.

Les radis, je les sème sous tunnel mi-février. Pas en pleine terre, je ne suis pas suicidaire. Mais sous plastique, protégés du gel nocturne, ils germent tranquillement. Fin mars, je récolte mes premiers radis croquants et piquants qui annoncent vraiment que le printemps arrive. Les gamins les croquent à la croque-au-sel directement dans le jardin, trois minutes après les avoir arrachés.

Et puis il y a les asperges. Pierre en cultive depuis sept ans maintenant, et chaque printemps je l’envie un peu. Elles démarrent leur courte saison de six semaines fin mars chez lui. Blanches, vertes, violettes selon comment il les cultive. Au début de saison, elles coûtent 8 à 15 euros le kilo au marché, puis le prix chute à 4 ou 5 euros mi-avril quand la production explose. C’est le moment où Pierre m’en donne des bottes, et Claire les prépare vingt façons différentes avant qu’on en soit tous écœurés.

Avril, l’explosion de verdure

Avril, c’est le mois où je commence vraiment à croire que le potager va repartir. Les salades explosent littéralement. Laitues, batavias, feuilles de chêne, romaines, j’en ai semé partout en mars sous châssis et les voilà qui produisent. Le problème c’est que j’en ai toujours trop. Beaucoup trop. Claire me répète chaque année de réduire, mais j’aime cette abondance. Quitte à en donner la moitié aux voisins et à finir avec du compost enrichi en salade.

La roquette aussi redémarre fort. Semée en mars, elle pousse comme du chiendent. Son goût poivré réveille les papilles après un hiver de légumes-racines plutôt doux. Je la mélange aux laitues pour relever le tout. Les gamins, eux, la trouvent trop forte et trient consciencieusement leurs assiettes pour l’éviter. Tant pis pour eux.

Les asperges de Pierre atteignent leur pic de production. Il m’a expliqué que sur une aspergeraie bien établie, on peut récolter 15 à 20 kg sur 50 m² pendant la saison. À 5 euros le kilo au plus bas, ça fait 75 à 100 euros de production sur deux mois de récolte quotidienne. Pas mal pour un légume qui ne demande presque aucun entretien une fois installé. Bon, il a fallu attendre trois ans après plantation avant la première récolte, mais maintenant ça roule.

Les petits pois arrivent fin avril si vous avez la chance d’être dans le sud ou sous climat doux. Chez moi en Auvergne, c’est plutôt mi-mai. Mais Pierre qui est en contrebas à 200 mètres d’altitude de moins commence déjà à en grignoter fin avril. Ces petits pois primeurs, sucrés et fondants, valent 5 à 8 euros le kilo en cosses. Luxe rare qui justifie l’espace qu’ils occupent au potager.

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Mai, la transition vers l’abondance

Mai, c’est mon mois préféré. Plus aucun risque de gel sérieux, la terre se réchauffe vraiment, et je peux enfin planter mes tomates dehors sans craindre de les perdre. Cette année, j’ai attendu le 15 mai pour être vraiment tranquille. L’année dernière, plantées le 1er mai, elles ont pris un coup de gel le 8 au matin. J’ai cru que c’était foutu, mais elles ont finalement récupéré. Deux semaines de retard quand même.

Les petits pois entrent en production chez moi maintenant. Deux rangs de quatre mètres chacun qui me fournissent environ 15 kg sur trois semaines de récolte. Les gamins adorent les écosser en regardant des dessins animés le samedi après-midi. Claire transforme le surplus en conserves et congélation. Ces petits pois maison écrasent totalement ceux du commerce, même en bio. Le goût est incomparable.

Les pommes de terre nouvelles que j’avais plantées en février sous tunnel commencent à être prêtes fin mai. Je les récolte avant complète maturité pour avoir ces petites pommes de terre à peau fine qu’on mange sans éplucher. Charlotte, Amandine, Ratte, j’alterne selon les années. Elles coûtent 2,50 à 4 euros le kilo au marché contre 1,20 à 2 euros pour les pommes de terre de conservation. Normal, c’est du luxe.

Les fèves aussi arrivent en mai. J’en ai semé en octobre dernier, et elles ont passé tout l’hiver dehors sans broncher. Maintenant elles produisent leurs grosses gousses charnues. Une vingtaine de mètres carrés me fournit 8 à 12 kg de fèves après écossage. Claire les cuisine fraîches avec de la crème et des lardons, ou les met en bocaux pour l’hiver. Les gamins les trouvent farineuses et font la grimace, mais moi j’adore.

Les premières courgettes sous tunnel apparaissent fin mai si le temps a été clément. Encore timides, deux ou trois fruits par semaine. Mais c’est l’annonce de l’avalanche qui arrive en juin-juillet. Je me frotte déjà les mains en pensant aux courgettes farcies, grillées, en soupe froide, en tian. Claire, elle, pense déjà au surplus qu’il faudra écouler.

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L’été au potager : l’embarras du choix

Juin arrive et avec lui l’abondance qui déborde de partout. C’est la saison où je comprends pourquoi mes grands-parents faisaient autant de conserves. Parce que produire c’est bien, mais réussir à tout consommer ou transformer avant que ça pourrisse, c’est une autre paire de manches.

Juin et ses premières récoltes généreuses

Les tomates commencent enfin. Mes variétés précoces plantées sous serre mi-mars donnent leurs premiers fruits. Pas encore l’explosion de juillet-août, mais ces premières tomates ont un goût de victoire. Les gamins se battent presque pour savoir qui aura la première vraie tomate de l’année. Je tranche en la coupant en quatre, histoire de calmer les esprits.

Les courgettes, par contre, ne connaissent aucune retenue. Six pieds qui produisent chacun 4 à 6 fruits par semaine. Faites le calcul : 24 à 36 courgettes hebdomadaires. Pour une famille de quatre. On en mange matin, midi et soir, on en distribue aux voisins, aux collègues de Claire, au facteur, à la boulangère. Tout le monde y passe. Et pourtant il en reste. Bon, je vous avoue, je plante toujours trop de courgettes. Claire me le répète chaque année, mais je n’arrive pas à me raisonner.

Les haricots verts que j’avais semés mi-avril commencent leur production. Là, c’est plus gérable. Vingt-cinq mètres carrés qui donnent 30 à 40 kg sur un mois de récolte tous les deux jours. On en mange frais bien sûr, et Claire en congèle ou met en bocaux pour l’hiver. Ces haricots maison, fins et croquants, n’ont rien à voir avec les machins filandreux des supermarchés.

Les concombres aussi démarrent. Cinq pieds me donnent largement assez de concombres pour nos salades quotidiennes. Le surplus finit en pickles que Claire prépare avec de l’aneth et des oignons. Les gamins adorent ces cornichons maison qu’ils croquent directement dans le bocal.

Juillet, l’apogée de la production

Juillet, c’est le mois où je me demande toujours pourquoi j’ai planté autant de trucs. Les tomates produisent maintenant entre 3 et 8 kg par pied selon les variétés. Mes 25 pieds me donnent entre 100 et 150 kg sur l’ensemble de la saison. On en mange à tous les repas : en salade le midi, en gaspacho quand il fait chaud, farcies, en sauce, en ratatouille. Claire en transforme 40 kg en coulis et sauce tomate pour l’hiver. J’en fais sécher 5 kg au déshydrateur. On en congèle 10 kg coupées en dés. Le reste se partage ou nourrit les poules qui raffolent des tomates trop mûres.

Les courgettes franchissent le seuil de l’absurde. Même les voisins commencent à refuser poliment quand je leur tends un sac. « Ah non Émilien, on en a déjà trois kilos de Pierre ». Claire me fusille du regard : « Je te l’avais dit qu’il ne fallait pas en planter dix pieds ». Elle a raison, comme d’habitude. Même nos poules finissent par bouder les courgettes râpées. Il faut vraiment en avoir une overdose pour dégoûter des poules.

Les aubergines et les poivrons, eux, prennent leur temps. Trois à cinq fruits par semaine pour les aubergines, deux à trois pour les poivrons qui murissent plus lentement. Mais quelle saveur. Surtout les aubergines grillées avec de l’ail et du persil, ou les poivrons confits au four. Pierre me dit qu’il arrive à obtenir le double en mettant une bâche noire au pied pour chauffer la terre. J’essaierai l’année prochaine.

Les melons, en Auvergne, c’est aléatoire. Pierre qui protège les siens sous tunnel arrive à en récolter 15 à 20 moyens. Moi en plein champ, une année sur deux c’est l’échec complet. Les fruits ne mûrissent jamais totalement, restent durs et insipides. Mais quand ça marche, quel régal. Un melon charentais bien mûri, sucré, parfumé, ça vaut tous les efforts ratés des années précédentes.

Août, transformer avant que ça pourrisse

Août, c’est le mois de la transformation intensive. Les tomates continuent de produire massivement. Les variétés tardives type cœur de bœuf donnent maintenant leurs fruits énormes de 400 à 800 grammes. C’est le moment idéal pour les coulis et concentrés qui demandent des volumes importants. Claire transforme 40 à 50 kg en sauce tomate épaisse qu’elle met en bocaux pour l’hiver. La cuisine ressemble à une conserverie pendant trois jours.

Les haricots verts d’un second semis fin mai prennent le relais de la première vague épuisée. Cette rotation me permet d’avoir des haricots frais de juin à septembre. Les variétés grimpantes que j’ai installées sur des rames de 2 mètres produisent pendant 6 à 8 semaines contre 3 à 4 pour les naines. Le rendement justifie l’effort de tuteurage.

Les premiers potirons et courges grossissent sérieusement maintenant, mais ils restent encore verts et immatures. Patience jusqu’en septembre-octobre pour la récolte. Le feuillage a envahi 4 à 6 m² par pied. Bon sang que ça prend de la place. Mais quand je pense aux 80 à 120 kg de cucurbitacées que je vais récolter et conserver jusqu’en mars-avril, je me dis que l’espace est bien utilisé.

Les courgettes commencent enfin à fatiguer après deux mois de production acharnée. Les plants jaunissent, ralentissent, et je les arrache avec un soulagement non dissimulé. À leur place, je sème des radis et épinards d’automne. Cette rotation successive maximise mon utilisation des 80 m². Rien ne reste vide plus d’une semaine.

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L’automne : récolter et préparer l’hiver

Septembre arrive et avec lui ce parfum particulier d’automne qui me plaît tant. L’été indien en Auvergne peut être magnifique, et le potager donne encore généreusement avant les premières gelées. C’est aussi le moment où je commence à remplir la cave pour l’hiver.

Septembre et ses récoltes stratégiques

Les tomates continuent contre toute attente. Mes variétés tardives produisent jusqu’aux premières gelées, généralement début octobre chez moi. Je surveille la météo comme le lait sur le feu. Dès qu’une gelée est annoncée, je récolte tous les fruits encore verts pour les faire mûrir en caisse dans le garage. Technique que m’a apprise Pierre, ça fonctionne plutôt bien. Les tomates ne sont pas aussi savoureuses que celles mûries au soleil, mais en novembre on est content de les avoir.

Les courges et potirons atteignent enfin leur maturité. Le pédoncule devient sec et ligneux, signe qu’on peut récolter. Mes 12 pieds donnent entre 80 et 120 kg selon les années. Des potirons oranges de 5 à 15 kg, des potimarrons de 1,5 à 3 kg, des butternuts allongées de 1 à 2 kg. Claire commence déjà à planifier ses soupes, gratins, purées, même des gâteaux avec cette chair polyvalente qui se conserve jusqu’en mars-avril.

Les haricots à écosser que j’avais semés en juin sont prêts maintenant. Cocos, flageolets, mogettes, selon les variétés. Je les récolte en grains frais avant qu’ils ne sèchent complètement sur pied. La chair est tendre et crémeuse, cuisson courte de 30 à 40 minutes contre presque deux heures pour des haricots secs. Claire en congèle une bonne partie après les avoir blanchis trois minutes. Nos quinze mètres carrés fournissent 8 à 10 kg de grains frais.

Les betteraves rouges que j’avais semées en mai sont au top maintenant. Calibre parfait de 8 à 12 cm de diamètre. Je les récolte avant les gelées sévères et les conserve en cave dans du sable légèrement humide. Vingt pieds me donnent 12 à 18 kg, largement assez pour nos besoins jusqu’en février. Claire les cuisine en salade avec des noix, en soupe avec de la crème, ou en jus pour ses smoothies matinaux.

Octobre, le mois des réserves

Octobre, c’est le grand remplissage de la cave. Les carottes semées en mai-juin ont atteint leur taille adulte. Des belles carottes de 15 à 25 cm, bien calibrées, sucrées et croquantes. Je les stocke dans un silo extérieur que j’ai construit selon les conseils de Pierre : une tranchée de 30 cm remplie de sable, les carottes dedans, recouvertes de sable et d’une bâche. Conservation parfaite jusqu’en avril. Mes 30 m² de carottes donnent 40 à 60 kg. De quoi voir venir.

Les navets d’automne prennent une saveur douce après les premières gelées. Je cultive des variétés blanches qui se conservent quatre à six mois en cave, et des violets qu’on consomme plus frais sur deux à trois mois. Dix mètres carrés produisent 15 à 20 kg. Claire les fait en gratin, en purée avec des pommes de terre, ou tout simplement rôtis au four avec un filet d’huile d’olive.

Les poireaux que j’avais transplantés en juin sont maintenant bien développés. Deux à trois centimètres de diamètre, belle hauteur. Le truc génial avec les poireaux, c’est qu’ils résistent au gel jusqu’à moins 15°C. Je les laisse en terre tout l’hiver et je vais en chercher au fur et à mesure des besoins. Quarante pieds sur deux rangs nous fournissent de septembre à mars. Claire en met dans ses soupes, ses tartes, ses vinaigrettes. C’est devenu un légume indispensable.

Les choux aussi arrivent à maturité. Choux cabus qui forment de belles pommes de 1 à 2 kg, choux de Bruxelles qui développent leurs petits jets le long de la tige, choux-fleurs avec leurs inflorescences blanches, brocolis aux têtes vert foncé. Tout ça supporte très bien les premières gelées. D’ailleurs ça améliore même leur goût. Les choux de Bruxelles deviennent vraiment bons seulement après un bon coup de gel qui les adoucit.

Novembre, les dernières récoltes avant le repos

Novembre, c’est un peu la fin de la fête au potager. Les derniers légumes-racines finissent leur cycle. Les panais que j’avais presque oubliés développent une saveur extraordinaire après les premières gelées. Pierre m’a expliqué que le froid transforme leur amidon en sucres, comme pour les carottes. Ces panais sucrés et parfumés changent complètement un pot-au-feu.

Les topinambours, je les laisse en terre. C’est leur meilleur mode de conservation. Je vais en déterrer quand j’en ai besoin, ils restent parfaits jusqu’en mars. Le problème avec les topinambours, c’est qu’une fois installés, impossible de s’en débarrasser. Le moindre bout de tubercule oublié repart l’année suivante. Je les ai cantonnés à un coin de 3 m² qui me donne 10 à 15 kg consommés entre novembre et mars.

Les épinards que j’avais semés en septembre commencent à produire leurs premières feuilles. Petite production pour l’instant, mais qui va continuer tout doucement jusqu’en mars. Je récolte feuille à feuille pour prolonger la production, ou parfois je coupe le plant entier qui regenere en trois ou quatre semaines. Vingt mètres linéaires fournissent 8 à 12 kg sur la saison froide. Claire trouve ces épinards d’hiver plus goûteux que ceux du printemps.

Les mâches que j’avais semées en août se récoltent maintenant en jolies rosettes. Cette salade extraordinaire résiste jusqu’à moins 20°C. Je n’invente rien, j’ai vérifié. En janvier dernier, avec moins 18°C pendant trois jours, elle était complètement gelée mais elle a dégelé tranquillement et a continué de pousser. Quatre mètres carrés nous fournissent 2 à 3 kg récoltés progressivement jusqu’en mars.

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L’hiver au potager : vivre sur les réserves

L’hiver en Auvergne, c’est rude. Neige, gel, températures négatives pendant des semaines. Le potager dort sous son manteau blanc. Mais on ne meurt pas de faim pour autant. Toutes ces récoltes d’automne stockées en cave, plus les légumes ultra-rustiques qui restent dehors, plus nos conserves de l’été, on a de quoi tenir jusqu’au printemps.

La cave, notre garde-manger hivernal

Descendre à la cave en décembre, c’est un peu comme entrer dans la caverne d’Ali Baba. Les étagères ploient sous les bocaux de coulis de tomate, ratatouille, haricots verts, betteraves. Les cageots de carottes, navets, betteraves s’empilent dans leur sable légèrement humide. Les courges et potirons s’alignent sur les planches. Les oignons, échalotes et ail pendent en tresses au plafond. Les pommes de terre occupent tout un coin dans des cagettes.

Notre stock actuel : 40 kg de carottes, 15 kg de betteraves, 12 kg de navets, 15 kg de panais et céleris-raves, 90 kg de courges diverses, 150 kg de pommes de terre, 8 kg d’oignons, 3 kg d’échalotes, 2 kg d’ail. Plus 80 bocaux variés et 40 à 50 kg de légumes congelés. De quoi tenir jusqu’en avril-mai sans acheter un seul légume.

Bon, je vous avoue, la première année j’avais sous-estimé les quantités et on s’est retrouvés à sec en février. Dur de revenir aux légumes hors-saison du supermarché quand on a passé six mois à manger ses propres productions. Maintenant je sais exactement ce qu’il nous faut. Claire tient un registre précis de ce qu’on consomme chaque mois. Ça aide énormément pour planifier l’année suivante.

Les légumes qui bravent le froid

Les poireaux, je vais en chercher même quand il y a 20 cm de neige. Je repère où sont mes rangs grâce à des tuteurs, je dégage la neige, et j’arrache mes poireaux. Claire les met dans sa soupe du soir, et toute la maison sent bon le poireau mijoté. Ces légumes qui résistent à moins 15°C sans broncher, franchement, chapeau.

Les choux aussi tiennent admirablement. Le kale, ce chou frisé que j’ai découvert il y a trois ans, devient même très doux après un passage à moins 5°C. Les gamins qui le trouvaient trop amer en octobre le mangent volontiers en janvier. Les choux de Bruxelles pareil, ils s’adoucissent vraiment avec le froid. Six pieds de choux variés nous donnent des légumes frais toutes les semaines de novembre à mars.

Les épinards et les mâches continuent leur petite production. Certes, entre décembre et janvier, la croissance est quasi nulle. Mais dès que les journées rallongent en février, ça redémarre progressivement. Ces salades rustiques sont les seules verdures fraîches locales disponibles en plein hiver. Tout le reste vient de serres chauffées ou d’importation lointaine.

Pierre protège ses choux sous voile P17 quand les températures descendent sous moins 10°C. Moi je ne prends même pas cette peine. Ils encaissent et ça leur fait du bien. Après chaque grosse gelée, je trouve qu’ils ont encore meilleur goût. Peut-être que je me fais des idées, mais Claire confirme.

Les conserves et congélations, nos alliées

Sans nos bocaux et notre congélateur, l’hiver serait nettement moins varié au niveau légumes. Les conserves de coulis de tomate servent de base à toutes nos sauces pour pâtes, pizzas, gratins. La ratatouille en bocaux accompagne viandes et poissons. Les haricots verts se retrouvent en salade ou en accompagnement. Les betteraves finissent râpées avec des pommes et des noix.

Notre congélateur de 200 litres contient une bonne quarantaine de kilos de légumes : haricots verts, petits pois, fèves, courgettes râpées, épinards hachés, herbes aromatiques. Moins bon que le frais évidemment, mais tellement pratique. Claire pioche dedans selon ses besoins et ses envies du moment.

Les tomates séchées à l’huile dans leurs bocaux apportent un concentré de soleil en plein janvier. Je les glisse dans les pâtes, sur les pizzas, dans les salades composées. Ces tomates qui ont profité de tout le soleil d’août, déshydratées pour concentrer leurs saveurs, c’est juste magique en plein hiver.

S’organiser pour manger local toute l’année

Manger local et de saison douze mois par an, c’est possible mais ça demande organisation et anticipation. Les premières années, je tâtonnais. Maintenant j’ai trouvé mon rythme et mes repères. Claire dit que je suis devenu trop rigoureux dans ma planification, mais elle reconnaît que ça marche.

Mon planning annuel au potager

Chaque année en décembre, je m’installe avec un grand cahier et je planifie l’année suivante. Ça paraît peut-être excessif, mais croyez-moi, ça évite tellement de ratés. Je note ce qui a marché, ce qui a foiré, les quantités récoltées, ce qu’on a manqué, ce qu’on a eu en trop.

Sur mes 80 m², je répartis environ comme ça : 30 % pour les tomates-courgettes-concombres d’été, 25 % pour les pommes de terre, 20 % pour les légumes-racines de conservation, 15 % pour les légumes-feuilles qu’on échelonne, 10 % pour les haricots et petits pois. Cette répartition, je l’ai trouvée au fil des ans en ajustant selon nos vrais besoins.

L’échelonnement des semis, c’est crucial. Les salades, j’en sème tous les quinze jours de mars à septembre. Les radis tous les dix jours d’avril à juin. Les haricots verts en trois fois : fin avril, mi-mai, début juin. Comme ça j’ai des récoltes continues au lieu d’avoir tout en même temps et de crouler sous un surplus ingérable.

La rotation des cultures sur trois à quatre ans, je la respecte religieusement maintenant. Les tomates et pommes de terre une année, puis les haricots et pois l’année suivante, puis les choux et radis, puis les légumes-feuilles et racines. Enrichissement au compost chaque automne pour maintenir la fertilité. Depuis que je fais ça, mes problèmes de maladies ont diminué de moitié.

Compléter avec les producteurs locaux

Mon potager couvre 60 à 70 % de nos besoins en légumes de mai à novembre, mais il y a des choses que je ne cultive pas. Les asperges, il faut attendre trois ans avant la première récolte et j’ai essayé une fois. Les artichauts, trop capricieux sous notre climat. Les céleris-branches, trop longs à pousser pour le rendement. Les fenouils, jamais réussi à les faire grossir correctement.

Pour tout ça, je vais chez trois maraîchers différents que je connais maintenant bien. Ils sont en circuit court, je sais comment ils travaillent, et leurs prix restent raisonnables. Entre 2,50 et 4 euros le kilo selon les légumes. Les asperges je les prends chez Pierre quand il a du surplus. Les artichauts chez Martine qui les réussit magnifiquement. Les fenouils chez Thomas qui a un microclimat favorable.

Le marché le samedi matin, j’y vais entre 7h et 9h. À cette heure, les producteurs sont moins sollicités et on peut vraiment discuter. C’est là que je négocie mes gros volumes pour les conserves. Vingt kilos de tomates à 0,80 euro le kilo en août, personne ne refuse. Elles ne sont pas calibrées, souvent un peu abîmées, mais parfaites pour la transformation immédiate.

Une AMAP s’est montée dans le village voisin il y a deux ans. Claire a voulu essayer. Panier hebdomadaire de 15 euros avec 5 à 7 kg de légumes variés selon saison. Engagement sur six mois. C’est pas mal, mais on a arrêté parce qu’on avait finalement trop de légumes entre mon potager et le panier. On s’est retrouvés à en donner encore plus aux voisins.

Maîtriser les techniques de conservation

Sans les bocaux, je ne tiendrais jamais l’hiver. J’ai investi dans un stérilisateur de 14 bocaux il y a trois ans, 280 euros qui ont été rentabilisés dès la première saison. Je mets en bocaux 40 kg de tomates, 15 kg de haricots verts, 10 kg de betteraves chaque année. Ça représente 70 à 80 bocaux qui se gardent 12 à 24 mois sans problème.

Le congélateur, on l’a acheté d’occasion pour 150 euros. Deux cents litres qui nous permettent de stocker 40 à 50 kg de légumes : haricots verts blanchis trois minutes avant congélation, petits pois, fèves, courgettes râpées, épinards hachés, herbes en glaçons d’huile d’olive. La qualité est moins bonne que les bocaux, mais c’est plus rapide à préparer et à utiliser.

Le déshydrateur, je l’ai acheté l’année dernière. Cent quatre-vingts euros pour un modèle avec thermostat réglable. Je l’utilise surtout pour les tomates, les champignons qu’on ramasse en automne, et toutes nos herbes aromatiques. Les tomates séchées conservées dans l’huile d’olive, c’est un délice en plein janvier. Les champignons séchés puis moulus en poudre relèvent n’importe quelle sauce.

La lacto-fermentation, j’expérimente depuis deux ans. Technique ancestrale qui nécessite juste des bocaux, du sel et de l’eau. J’ai fait de la choucroute maison l’année dernière, des carottes fermentées, même un kimchi approximatif. Claire trouve que ça sent fort pendant la fermentation, mais une fois prêt c’est délicieux. Et paraît que c’est excellent pour le microbiote intestinal.

Tableau récapitulatif mois par mois

Pour vous y retrouver facilement dans ce qui pousse quand, voici un tableau que je consulte régulièrement au mur de mon abri de jardin :

MoisLégumes de pleine saisonLégumes de fin/début saisonEn cave ou conserve
JanvierPoireaux, choux, mâche, topinamboursCarottes, pommes de terre, oignons, courges
FévrierPoireaux, choux, épinards, mâcheRadis sous tunnelCarottes, betteraves, courges
MarsÉpinards, mâche, radis, aspergesLaitues sous tunnelPommes de terre, navets, panais
AvrilAsperges, radis, laitues, épinardsPetits pois, fèvesDernières conserves
MaiPetits pois, fèves, laitues, radisPommes de terre nouvelles, courgettes
JuinCourgettes, tomates, concombres, haricotsAubergines, poivrons
JuilletTomates, courgettes, aubergines, poivronsMelons, potirons
AoûtTomates, courgettes, haricots, auberginesHaricots à écosser
SeptembreTomates, potirons, betteraves, haricotsOn commence les conserves
OctobrePotirons, carottes, betteraves, navetsPoireaux, chouxCarottes, betteraves
NovembrePoireaux, choux, épinards, mâchePanais, topinamboursCarottes, pommes de terre
DécembrePoireaux, choux, mâche, épinardsTout en cave maintenant

Pour résumer : vivre au rythme des saisons

Manger des légumes de saison toute l’année, c’est possible et ça change vraiment la vie. Pas seulement au niveau du goût, même si ça suffirait déjà comme argument. Une tomate d’août gorgée de soleil contre une tomate hollandaise de février, y’a pas photo. Mais c’est aussi une question de cohérence : pourquoi dépenser une énergie folle à chauffer des serres et transporter des légumes depuis l’autre bout du monde alors qu’on peut cultiver ou acheter local au bon moment ?

Mon potager de 80 m² produit pour 800 à 1 200 euros de légumes par an si je calcule aux prix du marché. Avec 200 euros d’intrants. Le printemps m’apporte les asperges, petits pois et fèves qui annoncent le renouveau. L’été explose avec ses tomates, courgettes et haricots qu’il faut transformer à la chaîne. L’automne remplit la cave avec les courges, carottes et betteraves qui nous feront l’hiver. Et l’hiver justement, on tient avec les poireaux et choux résistants au gel, complétés par tout ce qu’on a stocké.

Claire tient les comptes et calcule qu’entre mon potager et nos achats chez les producteurs locaux, on réduit de 60 à 70 % nos achats de légumes industriels. L’impact écologique suit : environ 400 kg de CO2 évités par an d’après ses calculs. Et surtout, on a redécouvert les vraies saveurs, on mange au rythme de la nature, et les gamins comprennent d’où viennent les légumes.

Vous n’êtes pas obligés de cultiver 80 m² pour commencer. Vingt mètres carrés avec quelques plants de tomates, des salades échelonnées, et des haricots verts, c’est déjà un excellent début. Complétez avec un ou deux producteurs locaux pour ce que vous ne cultivez pas. Apprenez les bases de la conservation : quelques bocaux, un peu de congélation. Et surtout, prenez le temps d’observer, de goûter, de comprendre pourquoi une carotte d’octobre n’a pas le même goût qu’une carotte de juin.

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