Chaque année, c’est la même histoire. Je plante mes courgettes en mai avec les meilleures intentions du monde, et dès juillet, Claire me regarde débarquer avec un troisième cageot en soupirant : « Émilien, on ne va jamais réussir à tout manger ». Pendant ce temps, nos trois chèvres nous fournissent un lait qui finit régulièrement en petits fromages frais sur la table. Courgettes et fromage de chèvre forment une association classique de la cuisine française, portée par une complémentarité de textures et de saveurs : la douceur légèrement aqueuse de la courgette équilibre parfaitement le caractère acidulé et crémeux du chèvre, que ce soit en quiche, en gratin, en tarte, ou simplement grillées ensemble à la poêle. Cette alliance ne se limite pas à l’assiette, elle commence dès le potager où ces deux productions se croisent naturellement dans le calendrier d’une ferme comme la nôtre.
Après plusieurs étés à jongler entre surplus de courgettes et production laitière de nos chèvres, j’ai fini par comprendre pourquoi cette association fonctionne aussi bien, et j’ai accumulé pas mal de façons de les marier.

Pourquoi courgettes et chèvre se marient-elles si bien ?
Avant de vous donner mes recettes préférées, il faut comprendre ce qui rend cette association aussi harmonieuse. Ce n’est pas un hasard si on la retrouve dans autant de plats traditionnels français.
Une complémentarité de textures et de saveurs
La courgette, une fois cuite, développe une texture fondante et une saveur assez neutre, légèrement sucrée. Elle a besoin d’un partenaire qui apporte du caractère, sans quoi elle reste fade en bouche. Le fromage de chèvre, avec son acidité naturelle et sa richesse crémeuse, comble exactement ce manque. Claire dit toujours que la courgette est le légume le plus discret du potager, mais qu’associée au bon fromage, elle devient soudain intéressante.
Cette alliance fonctionne à tous les stades de maturation du chèvre. Un chèvre frais, doux et onctueux, adoucit encore davantage la courgette pour un résultat léger, parfait en été. Un chèvre plus affiné, avec son goût plus prononcé et sa texture qui se rapproche de la pâte pressée, contraste franchement avec la douceur du légume et donne des plats plus typés, idéaux en automne quand les courgettes commencent à se raréfier.
Une rencontre naturelle dans le calendrier de la ferme
Ce qui m’a frappé en observant notre propre production, c’est à quel point ces deux ingrédients se croisent naturellement dans le temps. Nos courgettes explosent en juillet et août, exactement la période où la lactation de nos chèvres bat son plein après les mises bas du printemps. Pierre, qui élève des chèvres depuis bien plus longtemps que moi, m’a confirmé que ce chevauchement saisonnier n’a rien d’un hasard dans la tradition paysanne française. Les fermes productrices de chèvre cultivaient historiquement des courgettes et autres légumes d’été pour accompagner leur production laitière abondante de cette période.
Nos trois chèvres nous donnent actuellement entre 4 et 6 litres de lait quotidiens en pleine saison, largement de quoi transformer régulièrement du fromage frais pendant que le potager déborde de courgettes. Cette simultanéité explique pourquoi tant de recettes régionales associent ces deux produits, de la Provence à l’Auvergne en passant par le Poitou. Pour en savoir plus sur notre production laitière, découvrez aussi comment fabriquer du fromage de chèvre à la maison.

Comment cultiver des courgettes qui accompagnent bien le fromage de chèvre ?
Toutes les courgettes ne se valent pas en cuisine. Après plusieurs années d’expérimentation au potager, j’ai identifié quelques variétés et pratiques qui donnent de meilleurs résultats une fois associées au chèvre.
Quelles variétés privilégier pour la cuisine ?
La courgette verte classique type Diamant reste ma préférée pour un usage polyvalent avec le fromage de chèvre. Sa chair ferme et peu aqueuse tient bien à la cuisson, essentiel pour éviter qu’une quiche ou une tarte ne devienne détrempée. J’en cultive six pieds chaque année, ce qui suffit largement (et même trop, Claire vous le confirmera) pour une famille de quatre.
La courgette ronde de Nice offre une alternative intéressante, particulièrement pour les plats farcis. Sa forme permet de créer de petites coupelles qu’on garnit ensuite d’un mélange de chèvre frais, d’herbes, et parfois d’un peu de chair de courgette elle-même récupérée à l’évidage. Les gamins adorent ces courgettes farcies au chèvre, format individuel qui les amuse beaucoup plus qu’une simple tranche de gratin.
La courgette jaune, moins courante, apporte une jolie couleur dans les plats et une saveur légèrement plus douce que la verte. Je n’en cultive que deux ou trois pieds pour varier les couleurs dans l’assiette, notamment pour les tartes où l’alternance de rondelles vertes et jaunes fait son petit effet visuel.
Récolter au bon moment pour préserver la texture
L’erreur que je faisais au début, c’était de laisser mes courgettes grossir démesurément avant de les récolter. Une courgette trop mûre devient spongieuse, gorgée d’eau, et rend n’importe quel plat au fromage de chèvre trop liquide. Depuis, je récolte systématiquement entre 15 et 20 cm de longueur, jamais plus. À ce stade, la chair reste ferme et les graines encore tendres.
Pierre m’a aussi appris à ne jamais laisser les courgettes récoltées traîner plus de deux ou trois jours avant utilisation. Passé ce délai, elles perdent en fermeté et relâchent davantage d’eau à la cuisson. Comme j’en récolte généralement plus que ce qu’on peut consommer immédiatement, j’ai pris l’habitude de faire dégorger les courgettes râpées avec un peu de sel avant de les cuisiner avec du chèvre, technique qui évite l’excès d’humidité dans les préparations.

Quelles recettes associent courgettes et chèvre ?
Voici les préparations qu’on refait le plus souvent à la maison, testées et approuvées par toute la famille, gamins compris malgré leur méfiance habituelle envers les courgettes.
La quiche, valeur sûre de l’été
La quiche reste notre recette la plus fréquente en période de surplus de courgettes. Claire prépare généralement une pâte brisée maison, garnie de courgettes émincées finement, de fromage de chèvre en rondelles, et parfois de quelques lardons pour les jours où on a envie de plus de gourmandise. Une variante que j’ai découverte récemment m’a beaucoup plu : une version sans croûte de la quiche qui allège considérablement le plat tout en gardant tout le fondant du mélange courgette-chèvre-lardons.
Cette approche convient particulièrement bien quand on cherche à réduire les féculents ou qu’on manque simplement de temps pour préparer une pâte. On la teste régulièrement à la maison depuis, surtout les soirs où je rentre tard du potager après avoir couru après mes chèvres qui ont encore trouvé le moyen de s’échapper de leur enclos.
Le gratin, pour écouler les gros volumes
Quand le surplus de courgettes devient vraiment ingérable, le gratin permet d’en utiliser des quantités importantes en une seule fois. Je fais revenir des rondelles de courgettes à la poêle avec un peu d’ail, je les dispose dans un plat, je recouvre de tranches de chèvre et parfois d’un peu de crème fraîche, puis je passe le tout au four vingt-cinq minutes. Simple, rapide, et ça absorbe facilement deux ou trois courgettes moyennes en un seul plat.
Les gamins mangent ce gratin sans rechigner, contrairement à la courgette servie seule qu’ils boudent systématiquement. Le fromage qui gratine et dore sur le dessus fait toute la différence pour eux. Claire ajoute parfois un peu de chapelure mélangée à des herbes de Provence pour renforcer le côté croustillant qui plaît particulièrement à notre fille.
La tarte salée, pour varier les présentations
Proche de la quiche mais sans appareil à base d’œufs et de crème, la tarte salée aux courgettes et au chèvre se prépare avec une pâte feuilletée, des rondelles de courgettes légèrement précuites, du chèvre émietté, et un filet d’huile d’olive avant cuisson. Plus légère que la quiche traditionnelle, elle convient bien pour un dîner d’été léger accompagné d’une salade.
J’aime particulièrement cette version en pique-nique ou pour les repas qu’on emporte quand on va aider Pierre sur son exploitation. Elle se mange froide ou tiède sans problème, contrairement à la quiche qui perd un peu de son charme une fois refroidie.
Les courgettes grillées simplement relevées de chèvre
Pour les soirs où on n’a vraiment pas envie de cuisiner longtemps, rien ne vaut des tranches de courgette grillées à la poêle ou au barbecue, puis parsemées de miettes de chèvre frais juste avant de servir. La chaleur des courgettes fait légèrement fondre le fromage sans le cuire complètement, préservant toute sa fraîcheur. Un filet d’huile d’olive et quelques herbes du jardin, et le tour est joué en dix minutes.
Cette préparation minimaliste met vraiment en valeur la qualité de nos propres productions. Quand les courgettes sortent tout juste du potager et que le chèvre vient d’être préparé la veille par Claire, le résultat n’a rien à voir avec ce qu’on trouve en magasin. Les saveurs sont nettement plus marquées, plus vivantes.
Comment conserver le surplus pour en profiter toute l’année ?
Entre nos courgettes qui débordent et notre production de chèvre qui varie selon la lactation, savoir conserver ces deux ingrédients permet de prolonger le plaisir bien au-delà de l’été.
Congeler les courgettes pour l’hiver
Les courgettes se congèlent bien à condition de les préparer correctement. Je les coupe en rondelles ou en dés, je les blanchis deux minutes dans l’eau bouillante, puis je les refroidis immédiatement dans l’eau glacée avant de les égoutter et de les congeler en portions. Cette étape de blanchiment évite qu’elles ne deviennent trop molles une fois décongelées.
Claire prépare aussi régulièrement de la courgette râpée congelée, particulièrement pratique pour les futures quiches ou gratins hivernaux. Elle en fait des sachets de 300 grammes environ, quantité idéale pour une quiche familiale. On retrouve ainsi le goût de l’été même en plein janvier, associé à notre chèvre affiné qui a eu le temps de développer davantage de caractère pendant les mois froids.
Le fromage de chèvre affiné, complément parfait des courgettes conservées
Contrairement aux courgettes qui se congèlent bien mais perdent un peu de fraîcheur, le fromage de chèvre affine avec le temps et développe justement plus de personnalité. Cette évolution tombe à point nommé pour accompagner nos courgettes congelées de l’hiver, dont le goût plus discret après congélation s’accorde bien avec un chèvre plus prononcé qu’en été.
On garde toujours quelques fromages en cours d’affinage dans notre cave, qu’on ressort précisément pour ces plats hivernaux à base de courgettes conservées. Cette complémentarité entre légume congelé et fromage affiné permet de retrouver toute l’année les saveurs de nos productions estivales, même si l’expérience gustative diffère forcément un peu du produit frais de saison. Pour d’autres idées de conservation, découvrez aussi comment congeler du fromage de chèvre sans altérer sa texture.
Pour résumer : une association qui a du sens du potager à l’assiette
Courgettes et fromage de chèvre forment une alliance culinaire naturelle, portée à la fois par une complémentarité de saveurs et par un calendrier de production qui se croise naturellement dans une ferme comme la nôtre. La douceur de la courgette équilibre le caractère du chèvre, que celui-ci soit frais et onctueux ou affiné et prononcé. Privilégiez des variétés fermes comme la Diamant, récoltez entre 15 et 20 cm de longueur pour préserver la texture, et utilisez rapidement vos courgettes après récolte pour éviter l’excès d’humidité dans vos préparations.
Quiche, gratin, tarte salée, ou simplement courgettes grillées relevées de chèvre frais, les possibilités ne manquent pas pour écouler un surplus estival tout en se régalant. La congélation des courgettes blanchies permet de prolonger le plaisir jusqu’en hiver, où elles s’associent particulièrement bien avec un chèvre affiné qui a eu le temps de développer davantage de caractère pendant les mois froids.
Chez nous, cette association est devenue une habitude si ancrée que Claire prépare systématiquement une quiche ou un gratin dès que je rentre du potager avec plus de trois courgettes dans les bras. Les gamins ont fini par accepter, voire apprécier, ce légume qu’ils boudaient au départ, uniquement grâce à ce mariage avec notre fromage de chèvre maison. Une belle façon de transformer un problème récurrent de surplus en habitude culinaire appréciée de toute la famille.
FAQ : Courgettes et chèvre
Pourquoi la courgette et le fromage de chèvre se marient-ils si bien ?
La courgette développe une texture fondante et une saveur neutre légèrement sucrée une fois cuite, qui a besoin d’un partenaire apportant du caractère. Le fromage de chèvre, avec son acidité naturelle et sa richesse crémeuse, comble exactement ce manque. Cette complémentarité fonctionne à tous les stades d’affinage : un chèvre frais adoucit encore la courgette pour un résultat léger, tandis qu’un chèvre plus affiné contraste franchement avec la douceur du légume pour des plats plus typés. Cette association traditionnelle française se retrouve dans de nombreuses recettes régionales, de la Provence au Poitou en passant par l’Auvergne.
Quelle variété de courgette choisir pour cuisiner avec du chèvre ?
La courgette verte classique type Diamant reste la plus polyvalente grâce à sa chair ferme et peu aqueuse qui tient bien à la cuisson, essentielle pour éviter qu’une quiche ou une tarte ne devienne détrempée. La courgette ronde de Nice convient particulièrement aux plats farcis grâce à sa forme qui permet de créer de petites coupelles individuelles. La courgette jaune, moins courante, apporte une jolie couleur dans les plats et une saveur légèrement plus douce, intéressante pour varier visuellement les préparations comme les tartes salées.
Comment éviter que les plats à base de courgettes et chèvre deviennent trop liquides ?
Récoltez vos courgettes entre 15 et 20 cm de longueur maximum, une courgette trop mûre devenant spongieuse et gorgée d’eau. Utilisez-les rapidement après récolte, dans les deux à trois jours idéalement, car elles perdent en fermeté et relâchent davantage d’humidité avec le temps. Pour les préparations où vous râpez la courgette, faites-la dégorger avec un peu de sel pendant quinze à vingt minutes avant utilisation, puis pressez-la légèrement pour évacuer l’excès d’eau. Cette étape simple évite que vos quiches, gratins, ou tartes ne rendent trop de liquide à la cuisson.
Comment conserver un surplus de courgettes pour l’hiver ?
Coupez les courgettes en rondelles ou en dés, blanchissez-les deux minutes dans l’eau bouillante, puis refroidissez-les immédiatement dans l’eau glacée avant de les égoutter et de les congeler en portions individuelles. Cette étape de blanchiment évite qu’elles ne deviennent trop molles une fois décongelées. La courgette râpée se congèle aussi très bien en sachets d’environ 300 grammes, quantité idéale pour une quiche familiale. Ces courgettes conservées s’associent particulièrement bien avec un fromage de chèvre affiné plutôt que frais, son caractère plus prononcé compensant la texture légèrement modifiée par la congélation.
Quelles recettes simples associent courgettes et chèvre pour un repas rapide ?
Les courgettes grillées à la poêle ou au barbecue puis parsemées de miettes de chèvre frais juste avant de servir constituent la préparation la plus rapide, prête en dix minutes environ. La chaleur des courgettes fait légèrement fondre le fromage sans le cuire complètement, préservant sa fraîcheur. Pour un repas un peu plus consistant sans passer trop de temps en cuisine, une tarte salée avec pâte feuilletée, rondelles de courgettes légèrement précuites, et chèvre émietté se prépare en une vingtaine de minutes de préparation avant cuisson au four, et se mange aussi bien tiède que froide.

Salut ! Moi c’est Émilien, 38 ans, et si on m’avait dit il y a 10 ans que je me leverais à 6h pour aller traire des chèvres, j’aurais bien rigolé ! Ancien informaticien à Lyon pendant 12 ans, j’ai tout quitté en 2018 avec ma femme Claire et nos deux enfants pour reprendre une ferme de 8 hectares en Auvergne. Pas par romantisme, enfin pas que, mais parce qu’on en avait marre du métro-boulot-dodo. J’ai eu de la chance d’avoir grandi chez mes grands-parents agriculteurs dans le Cantal. Ça m’a donné les bases, même si j’avais tout oublié ! Aujourd’hui, je fais du maraîchage bio sur 2 hectares, j’élève 15 chèvres dont je transforme le lait, je m’occupe de 8 ruches et je rénove les bâtiments quand j’ai le temps. Claire gère la partie transformation et la vente directe, moi je suis plutôt terrain. Les enfants adorent la vie ici, même s’ils râlent parfois quand il faut donner un coup de main ! Sur ce blog, je raconte ce que je vis au quotidien : mes techniques qui marchent, mes plantages mémorables (et il y en a !), les trucs que m’ont appris les anciens du coin. Pas de grands discours, juste du concret testé sur le terrain. Parce qu’au final, on apprend tous ensemble, non ?




